L'ARCA a été auditionnée au Parlement wallon - Arca asbl

02/06/2026

L’ARCA a été auditionnée au Parlement wallon

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Porter les réalités du secteur de l’aide aux personnes sans abri

Le 2 juin 2026, l’ARCA a été auditionnées par la Commission de la Santé, de l’Environnement et de l’Action sociale du Parlement wallon. Cette audition était consacrée aux missions, à l’organisation et au financement du secteur de l’aide aux personnes sans abri.

Elle intervenait dans un contexte particulièrement important pour le secteur, marqué par la mise en œuvre de la stratégie wallonne de sortie du sans-abrisme, les réformes fédérales annoncées en matière de chômage et d’asile, les inquiétudes relatives à la réforme APE, les tensions persistantes sur le marché du logement et les incertitudes entourant le financement de plusieurs dispositifs.

Quatre acteurs ont été invités à présenter leur analyse : la CoCoRel, représentant les coordinateur·rices des relais sociaux urbains et intercommunaux wallons, le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, l’AMA et l’ARCA.

Une intervention commune de l’ARCA et de l’AMA

L’ARCA et l’AMA ont choisi de porter une intervention commune afin de présenter une vision globale du secteur et de la complémentarité de ses différents services.

Ensemble, les deux fédérations représentent en Wallonie 119 services agréés, 3 768 places et plus de 1 000 travailleur·euses. Chaque année, ces services hébergent environ 12 000 personnes et en accueillent plus de 11 000 dans les accueils de jour.

Ces chiffres donnent une indication de l’ampleur de l’activité du secteur, mais ils ne rendent pas pleinement compte de l’intensité du travail social, de la diversité des situations rencontrées ni des moyens humains nécessaires pour accueillir et accompagner les personnes dans de bonnes conditions.

Comprendre correctement le sans-abrisme

Il a été rappelé que le sans-abrisme ne peut pas être réduit à une simple problématique de logement. Si l’accès à un logement constitue une condition indispensable à la sortie du sans-abrisme, il ne suffit pas, à lui seul, à répondre à l’ensemble des difficultés rencontrées par les personnes accompagnées.

Les situations résultent généralement d’une combinaison de facteurs : difficultés financières, problèmes de santé mentale, assuétudes, violences conjugales ou intrafamiliales, ruptures institutionnelles, isolement social, difficultés administratives ou absence de revenus suffisants.

Le sans-abrisme visible ne représente par ailleurs que la partie émergée de l’iceberg. La majorité des situations restent invisibles et les réalités vécues sont souvent bien plus complexes que l’image traditionnelle de la personne vivant dans la rue.

Le message porté aux parlementaires était donc clair : une compréhension partielle du phénomène conduit inévitablement à des réponses partielles.

Reconnaître le rôle réel du secteur

Les accueils de jour, les abris de nuit, les maisons d’accueil et les maisons de vie communautaire exercent des missions différentes, mais complémentaires. Ces services constituent une chaîne de réponses allant de la prévention et de l’accueil d’urgence à l’accompagnement, à la stabilisation et à la reconstruction de l’autonomie.

Le secteur constitue aujourd’hui le dernier filet de sécurité pour des personnes qui ne trouvent plus de réponse adaptée ailleurs. Tous les services participent, chacun selon ses missions, à la prévention et à la sortie du sans-abrisme.

L’intervention a également permis de rappeler que le travail des services ne se limite pas à la gestion de l’urgence ou à la mise à l’abri. Il contribue à prévenir les ruptures, à maintenir les personnes en logement, à stabiliser leur situation, à réactiver leurs droits et à reconstruire progressivement des parcours de vie.

Les services absorbent également une part croissante des difficultés rencontrées dans d’autres politiques publiques, notamment en matière de logement, de santé mentale, d’aide à la jeunesse, de justice et d’accès aux droits.

Un secteur saturé, mais pas en échec

Nous avons insisté sur un constat essentiel : la saturation du secteur ne traduit pas un échec de ses missions.

Les équipes continuent à répondre aux besoins malgré l’augmentation des demandes, la complexification des situations et le manque de moyens. La saturation est avant tout le symptôme de difficultés structurelles qui dépassent le secteur : pénurie de logements accessibles, saturation des dispositifs spécialisés, insuffisance de l’encadrement et absence de solutions permettant la continuité des parcours.

De nombreux services travaillent depuis plusieurs années dans un contexte de sous-financement chronique. Certaines fonctions pourtant indispensables, notamment administratives, techniques ou liées aux soins, restent insuffisamment financées. À cela s’ajoutent les difficultés de recrutement, l’épuisement des équipes et l’augmentation des tensions rencontrées quotidiennement par les travailleur·euses.

Près d’une trentaine de questions posées par les parlementaires

À la suite des présentations, près d’une trentaine de questions ont été adressées aux acteurs auditionnés. Cette séquence d’échanges a montré l’intérêt des parlementaires pour les réalités du secteur, mais également la nécessité de continuer à mieux faire connaître ses missions, ses publics et son fonctionnement.

Les questions ont notamment porté sur :

  • les priorités du secteur ;
  • la stratégie wallonne de sortie du sans-abrisme ;
  • la prévention du sans-abrisme ;
  • le financement des services ;
  • la réforme APE ;
  • l’évaluation des politiques publiques ;
  • les articulations entre les différents dispositifs ;
  • la rationalisation de l’offre existante ;
  • l’existence supposée de doublons entre certains dispositifs.

Défendre la complémentarité plutôt que la rationalisation

Une partie importante des échanges a porté sur les notions de rationalisation, d’efficience et de doublons.

L’ARCA et l’AMA ont contesté l’idée selon laquelle les collaborations, les relais entre services ou les accompagnements conjoints constitueraient des redondances inutiles. Les personnes ne vivent pas leur parcours en silos administratifs. Ce qui peut apparaître comme un doublon correspond souvent à un espace de transition indispensable entre plusieurs dispositifs.

Le travail en réseau, la coordination et la continuité de l’accompagnement sont des conditions nécessaires pour éviter de nouvelles ruptures. Cette transversalité nécessite toutefois du temps, de la concertation et des moyens. Elle doit également être portée au niveau des politiques publiques et ne peut pas être uniquement attendue des opérateur·rices de terrain.

La question d’un éventuel guichet unique, par analogie avec le secteur du logement, a également été évoquée. Cette piste n’a pas été développée au cours de l’audition, car elle nécessite une réflexion plus approfondie.

 

Les demandes adressées aux responsables politiques

Au cours de l’audition, l’ARCA et l’AMA ont formulé plusieurs demandes concrètes.

Pérenniser les moyens et les rendre structurels

Les services ont besoin de moyens suffisants, mais également de stabilité, de visibilité et de prévisibilité. Ces conditions sont indispensables pour engager du personnel, construire des projets à long terme et assurer un accompagnement de qualité.

Mettre en œuvre un véritable plan de sortie du sans-abrisme

La stratégie wallonne doit s’accompagner d’un calendrier clair, d’objectifs mesurables, d’étapes identifiées, d’une gouvernance définie et d’une concertation étroite avec les acteurs de terrain.

Reconnaître le secteur comme un partenaire stratégique

Les opérateur·rices disposent d’une expertise précieuse sur les réalités vécues par les personnes accompagnées et sur les effets concrets des politiques publiques. Cette expertise doit être mobilisée dans l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques.

Préserver la souplesse des dispositifs

Concernant la réforme APE, les fédérations ont exprimé leurs inquiétudes quant à la préservation des moyens affectés au secteur et au maintien de la souplesse nécessaire pour développer des réponses adaptées aux réalités locales.

Développer une véritable culture de l’évaluation

L’évaluation est indispensable pour améliorer les pratiques et les politiques publiques. Elle doit toutefois s’appuyer sur des indicateurs quantitatifs et qualitatifs adaptés aux missions réellement exercées par les services et tenir compte des facteurs extérieurs qui influencent leurs résultats.

Garantir la dignité humaine demande des moyens à la hauteur des besoins

Cette audition a permis à l’ARCA et l’AMA de porter une parole commune en faveur d’une approche globale du sans-abrisme, fondée sur la compréhension de ses causes structurelles, la complémentarité des dispositifs, le renforcement de la prévention, la pérennisation des moyens et une véritable concertation avec les acteurs de terrain.

Une stratégie ambitieuse de sortie du sans-abrisme ne pourra produire ses effets que si elle s’accompagne de moyens suffisants, pérennes et cohérents avec les objectifs annoncés, ainsi que d’une pleine reconnaissance du rôle joué quotidiennement par les services auprès des personnes les plus vulnérables

 

Consulter les vidéos sur le site du parlement wallon 

 

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